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LA XXVe DYNASTIE : UN RETOUR AUX SOURCES


La disparition des Ramessides permet à la Nubie de retrouver son indépendance. Sous la XXIIème dynastie égyptienne, la frontière est fixée à Assouan, comme à l'époque de Djoser.

Le retrait du Nord favorise, entre les Xe et VIIIe siècles avant notre ère, l'émergence de chefferies et de principautés. Les populations retrouvent leurs modes de vie et certaines sépultures témoignent d'anciens rites funéraires. Les villes égyptiennes sont désertées et les temples abandonnés. Les chefs locaux prennent vraisemblablement le relais des anciens gouverneurs et les Egyptiens, restés dans les temples, se mélangent aux autochtones.

Dès le IXe siècle av. J.C., un groupe natif du Djebel Barkal initie une période importante avec deux phases : la période koushite, dont la XXVe dynastie égyptienne est issue (env. 900-650 av. J.-C.) et le royaume de Napata (env. 650-270 av. J.-C.). Le royaume de Méroé (env. 270 av. J.-C.-250 après J.-C.) prend la relève et se prolonge jusqu'au VIe siècle de notre ère, incluant une période postméroïtique.

 

NAPATA, CAPITALE ET VILLE SAINTE

Au carrefour des pistes caravanières, cette agglomération située au niveau de la IVe cataracte existait à l'époque du Kerma. Elle était dominée par la montagne "pure et sacrée" du Djebel Barkal, plateau tabulaire qui s'élève à 90 mètres de hauteur. Mais la forteresse dont parlent les textes égyptiens était probablement implantée sur la rive orientale de la cataracte. En revanche, la ville créée par les Egyptiens au Nouvel Empire, lieu d'arrivée des caravanes du grand sud, se trouvait selon certains spécialistes sur la rive occidentale, près de Sanam.

 

EMERGENCE DE LA XXVème DYNASTIE

Au VIIIe siècle avant notre ère, des dynastes napatéens, ethniquement, linguistiquement et culturellement différents des Egyptiens, se réclament du Nord.

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Taharqa's temple at Kawa / Temple de Taharqa à Kawa
Tanouetamani king painted on one wall of his grave at El-Kurru / Représentation du roi Tanouétamani sur une des parois de sa tombe à El-Kurru
Qalhata Queen on her funeral bed during the ritual of "the mouth opening" (the oup-ro). Grave at El-Kurru / La reine Qalhata sur son lit funéraire durant le rituel "de l'ouverture de la bouche" (l'oup-ro). Tombe à El-Kurru 
Assyrian domination on Middle East country (IXth - VIIth century before Christ) / Domination assyrienne (IXè-VIIè s avant Jésus-Christ) sur le Moyen-Orient

Le sixième ou septième membre de ces dynastes napatéens apparaît sous le nom d'Alara (785-760 av. notre ère). Il place sa foi en Amon et est déclaré roi. Il adopte les caractéristiques royales égyptiennes comme l'inscription de son nom dans un cartouche. Or, après trois siècles d'indépendance, les Nubiens de la IVe cataracte sont toujours aussi peu influencés par la civilisation du Nord. Alara domine la Haute-Nubie jusqu'à Kaoua où il fait construire un sanctuaire pour le dieu Amon, notamment au Djebel Barkal. Il est le fondateur d'une dynastie qui deviendra, sous Chabaqa, la XXVème dynastie égyptienne. Son frère Kashta dit le "Koushite" (760-747 av. J.C.) lui succède et étend son royaume jusqu'en Basse-Nubie

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Son successeur, Piyé monte sur le trône (env. 747-716 av. J.-C.) et prend le nom de couronnement de Thothmès III, Menkhéperrê "la manifestation de Rê (l'astre solaire) est ferme". En l'an 3 de son règne, Piyé fait graver une stèle confirmant qu'il est roi d'Egypte et de "tous les pays". Le souverain tolère en Basse-Egypte, la présence des autres rois, mais toujours par l'Amon de Napata, la souveraineté de Piyé est supérieure à celle des autres. Il s'impose face à la dissidence des princes du delta égyptien.

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A la fin du règne de Piyé, l'Assyrie est une puissance avec laquelle il faut compter. Les Assyriens ont atteint le ouadi el-Arich. Ils ne sont séparés de la frontière égyptienne que par la ville de Silé, entrée orientale du delta. Devant la gravité de la situation, Chabaqa, successeur de Piyé s'installe à Memphis pour mieux contrôler les dynastes du Nord et parer à d'éventuelles invasions. Il fait preuve de sagesse et de sens politique ne répondant pas aux jeux d'alliance qui lui sont proposés. Il renvoie manu militari le roi d'Asdod qui voulait se réfugier en Egypte. Chabaqa meurt en 702 après 15 années de règne. Chabataqa (702-690 av. notre ère), fils de Piyé, prend la relève.

Lors de l'accession au trône du souverain assyrien, Sennachérib, la Phénicie et la Palestine se révoltent. Le roi de Juda demande l'aide d'un contingent égyptien. Il est fort probable que ce soit des dynastes du delta qui aient répondu à cet appel, comme Osorkon IV, le fameux Sô d'Egypte, obscur descendant de la XXIIe dynastie qui avait répondu à Sargon sous Chabaqa.

L'aide apportée au roi de Juda pousse Sennachérib à se retourner contre les Egyptiens. Chabataqa confie son armée à son frère Taharqa mais le combat n'a pas lieu, le camp assyrien est ravagé par une épidémie. Statu quo entre les deux puissances. Chabataqa disparaît en 690 av. J.-C. et Taharqa lui succède (690-664 av. J.C.). Taharqa va diriger pendant vingt-six ans un territoire allant du delta à la confluence des deux Nils. Son règne se divise en deux périodes : la première très prospère, la seconde de 677 à 664 av. J.-C., marquée par un affrontement avec l'Empire assyrien qui fut dramatique pour les "pharaons noirs".

 

De 690 à 677 av. J.-C., l'Egypte redevient la puissance qu'elle avait été. L'art reprend une nouvelle vigueur et Taharqa fait construire sur tout le territoire les plus beaux monuments de sa dynastie. Succès militaire contre les Libyens, influence égyptienne dans les ports phéniciens, il est alors malaisé de comprendre la chute de Taharqa. Il semble que le soulèvement des cités phéniciennes ait poussé Assarhaddon aux marches de l'Egypte. En 671 av. J.-C. Memphis est prise. Taharqa la reconquiert avec vraisemblablement l'intention d'affronter Assourbanipal, le successeur d'Assarhaddon. Le roi assyrien engage des mercenaires syriens, phéniciens, et des contingents du delta. En 669 av. J.-C. ils descendent en Haute-Egypte et prennent Thèbes.

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Nékao 1er, décrété roi d'Egypte par les Assyriens, doit faire face au successeur de Taharqa, Tanouétamani, fils de Chabaqa. Le "Pharaon noir » prend Memphis et combat Nékao 1er qui est tué. Les dynastes du delta se soumettent à Tanouétamani mais font volte-face en demandant, une nouvelle fois, l'aide des Assyriens. Ces derniers reviennent en Egypte, détruisent Thèbes et mettent sur le trône le fils de Nékao 1er, Psammétique 1er, inaugurant la XXVIe dynastie.

A partir du règne de Psammétique 1er, l'indépendance politique de l'Egypte, qui avait prévalu pendant des millénaires, commence à décliner. Elle s'ouvre au monde méditerranéen et entre dans la "modernité" avec la création d'Alexandrie, qui marque l'apogée de la période hellénistique. Pour les intellectuels grecs qui commençaient à visiter l'Egypte, la Nubie ne sera plus selon Timothy Kendall "que la légende d'une lointaine Ethiopie(*), d'un peuple d'hommes sans tache qui avaient engendré la culture de l'Egypte. Osiris était, selon la formule homérique, un de ces Ethiopiens aux parfaites hécatombes qui avait colonisé l'Egypte, cette Ethiopie restant la terre d'élection des dieux".

(*) L'Ethiopie des grecs était la Nubie, pays des cataractes.


Voir dans le diaporama la carte de la domination du Second Empire assyrien sur le Moyen-Orient (IXe - VIIe siècle avant J.C.)

Lire sur ce sujet, l'ouvrage de Joy Soulé-Nan « La Nubie des Pyramides »

 

 

 

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